• Hugo Sedouramane

Les philosophie orientales pour dépasser la culpabilité

Mis à jour : 21 nov. 2019

Il serait dur d’affirmer que la culpabilité est une paralysie égoïste sans fondement et sans résultat mais il serait difficile d’en affirmer le contraire. Dans cet article, je me suis inspiré des sagesses orientales pour expliquer d’une part comment comprendre nos propres culpabilités, pour ensuite les dépasser.


Éprouver de la culpabilité n’offre aucune solution et nous renferme sur nous-même. Ce n’est pas pour autant que nous devons nous sentir coupable de nous sentir coupable. Il est aussi inutile de lutter contre elle lorsqu’elle apparaît : remplacer une résistance par une autre revient à s’enfoncer dans un schéma pervers et auto-destructeur. Alors que faire ?


La culpabilité, une paralysie égocentrée ?


Le temps que j’ai passé à culpabiliser dans ma vie est un temps où je n’ai rien su faire d’autres. Je n’ai rien su faire d’autre pour moi mais cela est mon problème or je n’ai également rien pu faire pour les autres qui avaient besoin de moi. J’en ai conclu que la culpabilité est une projection de soi-même en soi-même mais elle est tout sauf un moyen simple de traiter un problème qui survient dans une situation : il s’agit d’une émotion égoïste paralysante. Elle nous empêche d’avancer jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elle n’est pas nécessaire, ce qui arrive quand on est en mesure de développer d’autres qualités, ce que nous verrons à la fin de cet article.


Avant d’engager un processus de dissolution de la culpabilité, il faut comprendre les origines de cette émotion. Cela commence par une distanciation et notre capacité à reconnaître la culpabilité comme telle, en mettant par exemple une étiquette dessus avec écrit “culpabilité” dans notre esprit. Une manière d’être honnête envers nous-même.

Décomposer l’émotion


Quand la culpabilité apparaît voire s’installe, les raisons sont multiples : il est par exemple possible qu’une personne extérieure ait semé dans notre esprit une graine de culpabilité dans le passé ou le présent, mais nous sommes responsable de l’avoir laissée pousser. Par ailleurs quand nous sommes à l’origine de notre propre culpabilité, la paralysie provoquée est simple à détecter : l’image de soi est dévalorisée voir diabolisée et un sentiment de justesse voire de justice quant à la nécessité d’éprouver cette culpabilité s’enracine. C’est un cercle vicieux : on ne pense alors qu’à soi, alors qu’on se sent coupable d’avoir fait du mal aux autres.


L’antithèse de la responsabilité


Il y a neuf mois, je me suis mal comporté avec quelqu’un de proche et suis entré en colère comme jamais je ne l’avais été. J’ai passé les trois mois suivant à culpabiliser, ce qui ne m’a apporté aucune réponse et ne m’a pas permi de comprendre ce qu’il s’était passé. La culpabilité, comme toutes les pensées négatives, nous voile la face et nous empêche d’observer une situation clairement. Alors pourquoi nous positionner comme juge envers nous-même ?


C’est un processus égocentrique, tout comme la honte. La honte et la culpabilité sont d’ailleurs souvent associées et ont des conséquences similaires : une détérioration de l’image de soi et donc une préoccupation de soi et un oubli de ceux à qui nous avons causé du tort. La culpabilité est si peu nécessaire que les tibétains n’ont pas de mot pour traduire cette émotion. Elle est la conséquence d’une stigmatisation trop poussée de nos actions considérées comme négatives par les autres dans le passé, puis elle a été intériorisée. Elle est, au final, l’antithèse de la responsabilité et incarne une vision du monde dualiste qui est donc erronée simplement parce qu’il n’existe aucun juge pour dire que la vision du monde dualiste est réaliste et de surcroît, juste.


La culpabilité est un simple symptôme. Il est banal mais nécessaire de rappeler que la culpabilité est le résultat d’une peur de ne pas être à la hauteur et de ne pas répondre aux exigences d’excellence comportementales imposées par… nous-même. Il faut donc lâcher prise. On comprend ainsi que pour s’en défaire, la culpabilité doit être remplacée par une responsabilité morale : elle peut même aller jusqu’à signaler un refus de prise de responsabilité. Or c’est la responsabilité qui nous permet d’apprendre sur nous-même, de progresser et de ne pas voir nos émotions se répéter en boucle dans notre esprit.


La pratique de la compassion


Nos actes, qu’il s’agisse de paroles, pensées ou actions, ont pu produire des effets négatifs sur les autres créant ainsi notre culpabilité. La responsaibilité ouvre donc la porte à la réflexion quant à notre manière de souhaiter nous améliorer pour les autres. Dans le bouddhisme, la pratique de mettā-bhavana, la méditation de l’amour universel, offre une solution pour dépasser la culpabilité de manière constructive pour soi et les autres. Cela commence par notre capacité à devenir notre propre ami. Selon Bouddha, vous pouvez chercher autant que vous pouvez dans l’univers un individu qui mérite plus que vous amour et affection, vous ne le trouverez pas. Car étant égal à tous les individus, vous méritez cet amour et cet affection.


La culpabilité doit être vu positivement pour être éliminée


En étant en mesure de développer une compassion bienveillante envers vous-même et en considérant que comme tous les individus, vous ne maîtrisez pas les conséquences de tous vos actes par ignorance, vous comprenez alors que vous n’êtes pas plus mauvais que les autres. On peut donc voir que la culpabilité est un signe de volonté d’amélioration et même de changement que nous ne souhaitons pas assumer, par manque d’habitude quant à nos prises de responsabilité. J’ai par exemple toujours culpabilisé avant d’opérer des changements radicaux dans ma vie et je me suis rendu compte que je faisais exister le regard jugeant de certains proches dans mon esprit et m’empêcher moi-même d’avancer. La culpabilité, quand on y est familier, peut donc devenir un indice précieux quant aux décisions que nous devons prendre pour nous sentir libre et heureux. Car c’est la seule et unique chose que nous méritons.